07 février 2007

LE CHANT DU MONDE ..RETOUR SUR LES ABORIGENES

NOTES DE LECTURE

Le chant des pistes : Bruce Chatwin un écrivain –nomade

                                                             

                                                             

                                                               

Brucechatwin Né en 1940 en Angleterre, Bruce Chatwin entre à dix-huit ans chez Sotheb's comme coursier où, rapidement, il occupe les fonctions de documentaliste, puis d'expert et de directeur. En 1961, premier voyage à Venise et au Caire. Désormais sa vie sera partagée entre les voyages (Asie, Afrique, australie, Inde et Himalaya, Amérique du sud, Europe Centrale, etc.), l'art et l'écriture.

Le petit Bruce se prend  dès l’enfance de passion pour les atlas, développant son imaginaire en relevant les noms des lieux à consonance exotique et admirant les images colorées de la faune : coyotes, martins-chasseurs, ornithorynques, dingos. À dix-sept, il lit Baudelaire, Nerval, Rimbaud.

Il pratiqua le métier d’expert en art et on lui promettait une brillante carrière mais il l’abandonna pour devenir journaliste, profession dont il conservera les techniques narratives .Conteur,  qui mêle constamment réalité et imagination  et dont le regard sur les choses gardera toujours sa naïveté première, il prend plaisir à mélanger choses vues et récits glanés auprès de personnages « décalés » sur les lieux par où il passe ou dans d’innombrables publications dénichées dans les bibliothèques.

L'atmosphère du monde de l'art me rappelait la morgue. 'Toutes ces merveilles qui vous passent entre les mains', me disait-on et je regardais mes mains en pensant à lady Macbeth On me complimentait pour mon œil et, par esprit de rébellion, mes yeux me lâchèrent. Après un voyage de travail exténuant à New York, je m'éveillai un matin à moitié aveugle. L'ophtalmologiste ne trouva aucune anomalie organique. Peut-être regardais-je les tableaux de trop près ? Peut-être devrais-je essayer de lointains horizons ? L'Afrique peut-être ?

Une existence placée sous l’inspiration de Rimbaud, Qu'est-ce que je fais ici ? " écrivait Rimbaud aux siens d'Éthiopie. Tout au long de sa vie, Bruce Chatwin sera fasciné par le poète français et comme lui il chercha à emmener avec lui tous les paysages possibles.Chatwin

«Mon dieu est le dieu des marcheurs. Si vous marchez assez longtemps vous n’avez probablement besoin d’aucun autre dieu.»

"Le mieux est de marcher. Nous devrions suivre le poète chinois Li Bo dans les "difficultés du voyages et les nombreux embranchements du chemin". Car la vie est une traversée du désert."


Comme Rimbaud, Bruce Chatwin meurt dans le sud de la France, le 18 janvier 1989. Comme Rimbaud, le personnage et sa mort garde leur mystère. Quelques années après sa mort, les journaux annonceront que Chatwin est mort des suites d'une infection liée au sida » "Chatwin est reparti" mais lui-même lors de sa grave maladie s’est plu à brouiller les pistes :


Quand je suis venu ici pour la première fois, ils m'ont dit que j'avais une mycose de la moelle, et que j'avais dû attraper ça dans une grotte en Chine. Phénoménal! Tellement rare qu'avant moi la littérature médicale n'en mentionne que neuf cas. Je suis le dixième! En plus ils m'ont dit pourquoi j'avais chopé ça, Tu sais pourquoi? J'ai chopé ça parce que j'ai le sida. Ils m'ont annoncé que je n'en avais plus que pour six mois ou un an. Alors je me suis dit : bon, jamais je ne tiendrai le coup. Jamais je ne pourrai m'y faire. Jamais je ne pourrai m'atteler à mon gros bouquin sur les nomades... Vois pas comment j'pourrais mettre en forme toutes mes notes... et jamais je n'accepterai de me voir dépérir, grignoté dans ma tête, en foirant partout
" Chatwin ajoutera : " Mais le voyage lui-même peut devenir une tyrannie. Plus vous voyagez et plus vous faites collection d'endroits. Je n'en peux plus de cette collection…..

Je n’irai  plus nulle part…..

Vaudou21194 Les célèbres carnets noirs de moleskine avaient pour but de préparer un livre sur le nomadisme,. une sorte d' Anatomie de l'errance "  )" Un des principaux fils conducteurs de l’œuvre de Chatwin est l’opposition entre le sédentarisme et le nomadisme. Il ne cessera de défendre le mode de vie nomade pratiqué par les chasseurs-cueilleurs avec ses rapports sociaux égalitaires fondés sur le communautaire, l’échange, la réciprocité, la loi de la frugalité (on travaille juste pour ce qu’on a besoin) et le refus d’accumuler. Une idéologie de partage et de loisirs en opposition avec le mode de vie sédentaire imposé par l’agriculture, dont les structures s’établissent sur la redistribution inégalitaire, la hiérarchisation sociale, la propriété individuelle, le surplus et la production.

En devenant humain, l'homme aurait acquis, en même temps que la station debout et la marche à grandes enjambées, une "pulsion" ou instinct migrateur qui le pousse à marcher sur de longues distances d'une saison à l'autre. Cette "pulsion" serait inséparable de son système nerveux et, lorsqu'elle est réprimée par les conditions de la sédentarité, elle trouve des échappatoires dans la violence, la cupidité, la recherche du statut social ou l'obsession de la nouveauté.

"La FUITE (c'est là une raison personnelle pour écrire ce livre). Pourquoi ne puis-je tenir en place quand je suis resté au même endroit pendant un mois, pour devenir carrément insupportable au bout de deux? (Je suis, je dois l'admettre, un cas difficile)"

Chatwin passera beaucoup de temps dans les bibliothèques et sur le terrain à rencontrer des anthropologues et ethnologues, pour recueillir des données qui viendraient étayer sa thèse " impubliable " en faveur du nomadisme, dont il se servira pour écrire Le chant des pistes

Notre nature, écrivait Pascal, est dans le mouvement. La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement." Divertissement. Distraction. Fantaisie. Changement de mode, de nourriture, d'amour, de paysage. Sans changement notre cerveau et notre corps s'étiolent. L'homme qui reste tranquillement assis dans une pièce aux volets clos sombrera vraisemblablement dans la folie, en proie à des hallucinations et à l'introspection.

le chant des pistes

Aus01 c’est  un livre patchwork, qui a pour décor l'Australie, fait de portraits saisissants, d'impressions visuelles, de réminiscences d'anciens voyages et de nombreux aphorismes, on retrouve la passion de l'auteur pour la vie nomade et son mode d'existence. Le sujet prétexte du livre est pourtant simple :

C’est en chantant le nom de toutes choses (animaux, plantes, rochers, lieux) que les ancêtres des aborigenes  ont fait venir le monde à l’existence. C’était le Temps du Rêve. Ces chants, ce réseau de repères, ce labyrinthe où s’inscrit leur histoire, encore parfaitement connus aujourd’hui des aborigènes, sont devenus un peu comme une religion, un rituel. Marcher dans les pas de ses ancêtres sans changer un mot ni une note c’est assurer le maintien de la Création. D’où les problèmes quand un projet de ligne de chemin de fer doit traverser un de ces lieux chantés.

Comme toujours avec Chatwin le récit est très vivant. Au lieu de nous expliquer, de nous raconter, il reproduit beaucoup de dialogues ; il met en scène des personnages pittoresques , surtout les aborigènes, dont on peut se demander (y compris à propos de leur peinture) si ce ne sont pas de formidables manipulateurs (des défenseurs de leur droit territoriaux ou des marchands de tableau) : «les aborigènes, avec leur terrifiante immobilité, tenaient, d’une façon ou d’une autre, l’Australie à la gorge. Il se dégageait une formidable impression de puissance chez ces gens apparemment passifs qui restaient assis, observaient, attendaient et manipulaient la culpabilité de l’homme blanc »

Extraits

Ce fut durant la période où il exerça le métier d'instituteur qu'Arkady apprit l'existence du laby­rinthe de sentiers invisibles sillonnant tout le terri­toire australien et connus des Européens sous le nom de songlines, « itinéraires chantés » ou « pistes des rêves » et des aborigènes sous le nom d'« empreintes des ancêtres » ou de « chemins de la loi ».Droem  Les mythes aborigènes de la création parlent d'êtres totémiques légendaires qui avaient parcouru tout le continent au Temps du Rêve. Et c'est en chantant le nom de tout ce qu'ils avaient croisé en chemin — oiseaux, animaux, plantes, rochers, trous d'eau — qu'ils avaient fait venir le monde à l'exis­tence……..

En amenant le monde à l'existence par le chant, dit-il, les ancêtres avaient été des poètes dans le sens grec du mot poiêsis, la « création ». Aucun abori­gène ne pouvait concevoir que le monde créé pût être imparfait. Sa vie religieuse tendait vers un but unique : conserver la terre comme elle était et comme elle devait être. Celui qui partait pour un walkabout accomplissait un voyage rituel. Il mar­chait dans les pas de son ancêtre. Il chantait les strophes de l'ancêtre sans changer un mot ni une note — et ainsi recréait la création.

«Parfois, dit Arkady, j'emmène mes "anciens" dans le désert et, arrivés sur une rangée de dunes, ils se mettent soudain à chanter. Je leur demande : "Qu'est-ce que vous chantez, vous autres ?" et ils me répondent : "On chante le pays, patron. Ça le fait venir plus vite." »

                                                            

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Au commencement...

Kimberley01 Au commencement la Terre était une plaine sans fin, obscure, séparée du ciel et de la mer grise, étouffant dans une pénombre crépusculaire. Il n'y avait ni soleil ni lune ni étoiles. Cependant, bien loin, vivaient les habitants du ciel, êtres jeunes et in­différents, humains de forme, mais possédant des pattes d'émeu et une chevelure dorée étincelante comme une toile d'araignée dans le soleil couchant, sans âge et insensibles aux atteintes des ans, exis­tant depuis toujours dans leur vert paradis bien arrosé, au-delà des nuages de l'ouest.

A la surface de la Terre, il n'y avait que des trous qui deviendraient un jour des points d'eau. Aucun animal, aucune plante, mais autour de ces sources étaient rassemblés des amas de matière pulpeuse, des restes de la soupe primordiale — silencieux, sans souffle, ni éveillés ni endormis — contenant chacun l'essence de la vie ou la possibilité de deve­nir humain.

Sous la croûte terrestre, cependant, les constella­tions luisaient, le soleil brillait, la lune croissait et décroissait et toutes les formes de vie gisaient endormies — la fleur écarlate du pois du désert, le chatoiement de l'aile du papillon, les moustaches blanches et frémissantes du Vieil Homme Kangou­rou — tous en sommeil comme les graines du désert qui doivent attendre l'averse vagabonde.

Abo1_1 A l'aube du premier jour, le Soleil eut envie de naître (bientôt suivi ce soir même par les étoiles et par la Lune). Le Soleil creva la surface de la Terre l'inondant de sa lumière dorée, réchauffant les trous sous lesquels dormaient les ancêtres.

Contrairement aux habitants du ciel, ces ancêtres n'avaient jamais été jeunes. C'étaient des vieillards boiteux, épuisés, les membres noueux et ils dor­maient seuls, depuis toujours.

Ainsi, en ce premier matin, chaque ancêtre endormi sentit la chaleur du soleil sur ses paupières et sur son corps qui donna naissance à des enfants. L'Homme-Serpent sentit des serpents se glisser hors de son nombril. L'Homme-Cacatoès sentit des plumes. L'Homme-Larve ressentit un frétillement, la Fourmi à miel un chatouillement, le Chèvrefeuille sentit ses feuilles et ses fleurs se déplier. L'Homme-Péramèle sentit de petits péramèles grouiller sous ses aisselles. Chaque « chose vivante », chacune en son lieu de naissance, cherchait à atteindre la lumière du jour.

Au fond de leurs trous (à présent remplis d'eau), les anciens passèrent d'une jambe sur l'autre. Ils remuèrent les épaules et s'étirèrent. Ils se soule­vèrent et traversèrent la boue. Leurs paupières cra­quelèrent et s'ouvrirent. Ils virent leurs enfants qui jouaient au soleil.Kakadu_painting2

La boue tomba de leurs cuisses, comme le pla­centa d'un bébé. Puis, tel le nouveau-né qui pousse son premier vagissement, chaque ancêtre ouvrit la bouche et cria : « JE SUIS! » « Je suis... Serpent-Cacatoès... Fourmi à miel... Chèvrefeuille... » Et ce premier « Je suis ! », cet acte primordial de nomina­tion, fut considéré, alors et pour toujours, comme la strophe la plus secrète du chant de l'ancêtre, la plus sacrée.

Chacun de ces anciens (baignant alors dans la lumière du soleil) avança son pied gauche et nomma une chose. Il avança son pied droit et en nomma une autre. Il nomma le point d'eau, les rose ,les gommiers... donnant des noms de tous côtés, appelant à la vie toutes choses et tissant leurs noms dans des strophes.

  Aus1 Les anciens s'ouvrirent un chemin dans le monde entier par leur chant. Ils chantèrent les rivières et les montagnes, les lacs salés et les dunes de sable. Ils chassèrent, mangèrent, firent  l’amour, dansèrent, tuèrent : partout où les portaient leurs pas, Elis laissèrent un sillage de musique.    Ils enveloppèrent le monde entier dans un réseau de chants; et, enfin, lorsque la Terre fut chantée, la fatigue les envahit. De nouveau ils ressentirent l’immobilité glacée des temps. Certains s'enfoncèrent dans le sol là où ils se trouvaient. D'autres se[glissèrent dans des cavernes. D'autres encore regagnèrent en rampant leur « demeure éternelle », le point d'eau ancestral où ils étaient venus au jour. Et tous s'en retournèrent sous terre.

Lors de sa traversée du pays, chaque ancêtre avait laissé dans son sillage une suite de mots et de notes de musique ces pistes de rêve formaient  donc dans tout le pays des « voies » de communication entre les tri­bus les plus éloignées. Les aborigènes ne pouvaient pas croire que le pays existait avant qu'ils ne l'aient vu et chanté — exactement comme au Temps du Rêve, le pays n'avait pas existé tant que les ancêtres ne l'avaient pas chanté.

Auarabo4 Un chant, dit-il, était à la fois une carte et un topo-guide. Pour peu que vous connaissiez le chant, vous pouviez toujours vous repérer sur le terrain.

En théorie, du moins, la totalité de l'Australie pouvait être lue comme une partition musicale. Il n'y avait pratiquement pas un rocher, pas une rivière dans le pays qui ne pouvait être ou n'avait pas été chantée. On devrait peut-être se représenter les songlines sous la forme d'un plat de spaghetti composé de plusieurs Iliade et de plusieurs Odys­sées, entremêlées en tous sens, dans lequel chaque « épisode » pouvait recevoir une interprétation d'ordre géologique.

Dans la brousse, à quel­que endroit que vous soyez, vous pouvez indiquer n importe quel point caractéristique du paysage et demander à l'aborigène qui vous accompagne : 'Quelle est l'histoire de l'endroit?" ou "Qui est-ce?" Immanquablement, vous vous entendrez répondre

Kangourou" ou "Perruche" ou "Lézard", selon l’ ancêtre qui est passé par là.

Lezard2 Au-delà des mots, il semble que le profil mélodique du chant décrive la nature du terrain su lequel il passe. Ainsi, lorsque l'Homme-Lézard traînait les pieds dans la traversée des chotts du la Eyre, on pouvait s'attendre à une succession de longs bémols comme dans la Marche funèbre de Chopin. S'il passait d'un escarpement des monts Macdonnell à l'autre, on aurait une série d'arpèges et de glissandos, comme dans les Rhapsodies hon­groises de Liszt.

On pensait que certaines phrases, certaines combinaisons de notes musicales décrivaient le déplacement des pieds de l'ancêtre. Une phrase signifierait « lac de sel », une autre « lit de rivière », « spinifex », « dune », « steppe à mulgas », « paroi rocheuse », etc. Un « chanteur » expérimenté, en écoutant leur succession, pouvait compter le nombre de rivières que son héros avait traversées, le nombre de montagnes qu'il avait escaladées et en déduire à quel endroit de l'itinéraire chanté il se trouvait.

« II serait capable, dit Arkady, d'entendre quel­ques mesures et de déclarer : "C'est Middle Bore" ou "C'est Oodnadatta", là où l'ancêtre a accompli telle ou telle action.Kakadu_painting

  Ainsi les phrases musicales, dis-je, équivalent à des coordonnées cartographiques ?

La musique, dit Arkady, est une banque de données servant à trouver son chemin dans le monde.

Pour l’auteur, Les songlines des aborigènes ne sont peut-être pas si originaux ni isolés. En effet, que dire des menhirs et tumulus disposés en lignes en Grande Bretagne ; des lignes du dragon de la géomancie chinoise ; des pierres que chantent des Lapons ; des lignes de Nazca, dans le désert du Pérou central.

Ses carnets de voyage rapprochent  ainsi le désert australien  et les songlines des lignes de nazca péruviennes

                                                            

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Imgp2548 {Oeuvres des Nazcas. peuple d'artisans sédentaires, les lignes reproduisent à grande échelle les dessins qui figurent sur les tissus et céramiques produits par ces Indiens de l'ère pré-inca. Si ces figures peuvent donc etre assimilées a des oeuvres d'art, leur signification laisse les spécialistes perplexes. Selon l’archéologue et mathématicienne Maria Reiche  qui les nettoya et les cartographia: "Cette oeuvre a été exécutée pour que les dieux puissent la voir et, du haut de leur demeure céleste, aider les Indiens nazcas dans l'agriculture, la pêche et dans toutes leurs autres activités". Ainsi. la figure du singe serait, selon elle, le symbole précolombien de la Grande Ourse, constellation que les Indiens associaient à la pluie. En période de sécheresse. phénomène fréquent dans cette plaine ou il pleut à peine une demie-heure tous les deux ans, les Indiens dessinaient un singe afin que les dieux, lorsqu’ils baisseraient les yeux vers la terre, puissent voir que celle-ci se consumait de soif. Reiche a également su expliquer comment les Nazcas avaient pu réaliser d'aussi grands dessins parfaitement proportionnés. Elle a démontré qu'ils utilisaient comme unité de mesure la longueur de l'avant-bras (du coude à l'index) et pense qu'ils se servaient de cordes attachées à des poteaux pour former des cercles et des arcs qu'ils recoupaient par des lignes droites]Nazca_vague

J’avais le sentiment écrit B.Chatwin que les itinéraires chantés ne se limitaient pas à l’Australie, mais constituaient un phénomène universel, le moyen par lequel les hommes marquaient leur territoire

Les principales pistes chantées semblent être apparues dans le nord ou le nord-ouest de l'Austra­lie, elles sont nées dans des terres lointaines et ont dû franchir la mer de Timor ou le détroit de Torres Ensuite, elles ont serpenté vers le sud et traversé tout le continent. On a l'impression qu'elles repré­sentent les itinéraires des premiers Australiens... et qu'elles sont venues d'ailleurs.

Quand cela s'est-il passé? Il y a cinquante mille ans ? Quatre-vingts ou cent mille ans ? Les dates de l'introduction des songlines sont, de toute manière, très récentes si on les compare à celles de la préhis­toire africaine.Pe_naz_des1_g

Et ici je voudrais faire part d'une vision fondée sur une conviction profonde, sans m'attendre guère cependant à ce que l'on me suive sur ce chemin.

Je vois des itinéraires chantés s'étendant sur tous les continents, à travers les siècles. Je vois les hommes laissant derrière eux un sillage de chants (dont, parfois, nous percevons un écho). Et leurs sentiers nous ramènent, dans le temps et dans l'espace, à une petite zone isolée de la savane afri­caine où, au mépris des dangers qui l'entouraient, le premier homme a clamé la stance par laquelle s'ouvre le chant du monde : « JE SUIS ! »

                                                          

Vaudou21198

25 décembre 2006

LE TISSU DU MONDE(4) ENTRELACS ET LABYRINTHE

                                                              Peinture_nourlangie2

Les Aborigènes, qui, dans les espaces ouverts du désert, de la brousse ou de la mer font l'expérience d'un apparent infini spatial, ont développé des figures complexes où se rejoignent les circulations intérieures et extérieures sur terre, sous terre et dans le ciel.

La topologie de l'espace mentalement vécue dans la navigation de la chasse, les rêves ou encore les voyages chamaniques traduit souvent une rencontre paradoxale entre le dedans et le dehors.05tab3  Cette transformation du dedans en dehors se retrouve à d'autres niveaux : météore qui tombe du ciel et fait sortir les hommes de terre, âmes des morts emportées par les deux galaxies des Nuages de Magellan, rhizomes d'ignames qui sortent de terre pour ramper au sol et grimper sur les arbres, Serpent double androgyne et Voie lactée, tous trois représentés dans l'art aborigène par une double hélice.

Vaudou21169 barbara glowczewski souligne que la danse de la double spirale et la grille du réseau d'échange Wurnan, les labyrinthes angulaires des coquilles perlières, les méandres synaptiques des lignes de chants du désert, ou encore les losanges maillés de la Terre d'Arnhem renvoient à des formes d'art éparpillées dans plusieurs régions du monde. L’auteur y voit un rapprochement conceptuel mettant en évidence un souci métaphysique et cosmologique commun chez différents peuples d'Australie ou d'ailleurs, qui construisent et explorent leur pensée, leurs rêve , leur art et même leurs structures sociales autour de telles ornements

L’auteur évoque ainsi : « Le Serpent cosmique, l'ADN et les origines du savoir »,de l'ethnologue Jeremy Narby qui interprète les visions sous plantes hallucinogènes des Indiens d'Amazonie comme une traduction de la structure biologique des plantes qu'ils fument, soit l'ADN même qui permet à la fois de les identifier dans leur singularité et de les comparer entre elles. Pour lui, la double hélice de la structure de l'ADN prend la forme d'un double serpent non seulement dans les visions amérindiennes mais dans diverses autres traditions de par le monde, y compris celle des Aborigènes d'Australie qui n'ont pas du tout de traditions de plantes hallucinogènes. Il rapprochait la danse du serpent et de la foudre chez les Hopis et les travestissements mythologiques de la Renaissance, y compris l'Hermès messager porteur d'un bâton où s'entrelace un serpent double, comme une double hélice.

Normal_6_1 barbara glowczewski s’interroge de même sur la signification des « entrelacs » celtiques symbolisation du rapport à l'Autre, sous forme de rencontres ou de confrontations qui, à l'instar du déluge, transforment en partie le monde d'avant ? La symbolique celte se serait-elle développée au cours du temps sur une tension entre des motifs croisés (entrelacs et kilts) et une forme sans croisement — le triskèle, boucle à trois branches enroulées, reliant la terre, l'eau et le feu dans un culte solaire — où ces trois forces sont figurées comme à la fois continues et divergentes ?. Les kilts écossais, croisements par excellence, dont la trame tissée est diversifiée selon les clans, sont peut-être fondés sur une diversification de trames datant d'une période ancienne où les hommes portaient des pagnes végétaux, des peaux décorées ou des peintures corporelles

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le labyrinthe

Molas21 Le labyrinthe — dont  les lignes parallèles comme les deux brins de la double hélice de l’ADN ne se touchent jamais — traverse l'art de manière discontinue. Il est présent dans la préhistoire en Bohême, dans l'Amérique précolombienne ou chez les navigateurs autochtones d'Europe du Nord, d'Océanie et !rAsie, il émerge à nouveau en Europe avec l'expansion chrétienne »$ bâtisseurs de cathédrales, disparaît et resurgit à la Renaissance . la figure du labyrinthe a continué 'habiter d'autres peuples du monde. Les Australiens en ont fait un « propulseur de pensée » dans leur art sur écorce et sur toile. 

« Aujourd'hui, la circulation planétaire se remet à penser le labyrinthe, notamment avec les jeux vidéo et le fonctionnement même de l'Internet. Le labyrinthe suggère les circonvolutions de la cervelle, des intestins, du corail ou des lianes de la forêt, le maillage des rhizomes de racines, des synapses du cerveau, des fractales qui reflètent la structure de la matière ou encore des images microscopiques simulées par les ordinateurs. Des sinuosités visuelles plus ou moins en relief sont actuellement un moyen de coder le toucher en discriminant des milliers de matières. A l'heure où les sens cherchent à se rejoindre, la technologie du xxie siècle nous fait modéliser des espaces et des surfaces dont émergent des hyperliens entre des idées et des formes, or l'expérience de l'hyperespace est profondément naturelle, aussi vieille sans doute que l'esprit humain ou, pourrait-on dire, l'esprit de la matière. »Mola1

L’auteur de « reves en colère » raconte que des warlpiri invités à peindre une fresque sur sable au musée d'Art moderne de la Ville de Paris furent successivement emmenés visiter trois châteaux, Versailles, Saint-Germain-en-Laye et Fontainebleau. leur interrogation fut plutôt de demander « ce que cachaient ces dessins géométriques faits avec des arbres En Australie, les missionnaires interdirent aux peuples du Sud-Est de continuer à graver dans le sol leurs immenses dessins labyrinthiques sur leur terrain initiatique appelé bora. L'EGLISE avait aussi découragé, chez les Celtes et d'autres peuples marins du nord de l'Europe, la pratique préchrétienne consistant à tracer de gigantesques labyrinthes en sillons creusés dans les pâturages, sous prétexte que s'y déroulaient des rites païens célébrant entre autres les plaisirs de l'amour. Au Moyen Age, le labyrinthe fut confiné au sol des églises, parfois sur leur parvis, les anciens dessins à voies multiples — déambulations à plusieurs sorties ou risque de se perdre dans un couloir bouché — devinrent un chemin tortueux, mais avec une seule issue : la révélation de Dieu. Le christianisme s'était approprié à sa façon le fameux labyrinthe de la mythologie gréco-latine conçu par Dédale pour y cacher le fils monstrueux du roi : le Minotaure, mi-humain et mi-bovin.

Le Minotaure, monstre hybride, mutant ou survivant d'un règne mixte où les humains étaient plus proches des animaux, est aussi décrit comme un cannibale se nourrissant de jeunes hommes et de jeunes filles qui étaient abandonnés chaque année dans son labyrinthe. L'ogre du mythe rappelle bien d'autres figures ancestrales associées à des mythes d'initiation aux quatre coins du monde, notamment en Australie, où l'on raconte aux jeunes novices qu'ils vont être « mangés », pour mourir à leur enfance et renaître à l'âge adulte comme des initiés, devenus hommes ou femmes. N'était-ce pas l'enjeu même du labyrinthe que de transposer cette transformation de la jeunesse vers la maturité figurée par un chemin aux multiples impasses, menant à la mort si on ne sait pas trouver la sortie ?

Mola2 C'est grâce à l'amour de la fille du roi Minos que Thésée envoyé à l'intérieur du labyrinthe, va réussir à ne pas se perdre en suivant le fil d'Ariane et à vaincre le frère de celle-ci, monstre quj empêchait d'en ressortir. Dans la Grèce ancienne, la danse des grues, rite de passage pour les jeunes gens des deux sexes, reprend le thème du labyrinthe. Les danseurs devaient tourner en double cercle dans une chorégraphie mixte qui rappelle le Walungari des initiations du Nord-Ouest australien : deux spirales enchevêtrées tournent en sens inverse, une ligne d'hommes et une ligne de femmes qui finissent par s'associer en couples deux par deux

                                                               Peinture_nourlangie3

Un  autre exemple de l’utilisation du labyrinthe qui transcende les continents peut être trouvé dans les fameux « molas » d’une population indienne du  Panama , les indiens kunas

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18 décembre 2006

LE TISSU DU MONDE (3).L'ANTHROPOLOGIE DES "corps mêlés"

                                                                                 Img_0017                                                                     

Nous devons écrit m.serres dans les « cinq sens » revoir ou revisiter la connexion du global et du local. À la méthode d’une rationalité classique qui uniformise, classifie, fige il oppose une topologie de « l’échangeur » qui complexifie, relativise et dynamise les repères.

Les routes rayonnent autour des villes, venant des cités loin­taines et voisines ou allant vers elles ; formant treillis sur le sol, elles drainent les éléments de l'espace. Elles entraînent circula­tions et flux à la périphérie où se font les mélanges, triages, échanges, marchés. On peut ou non marquer les points ou lieux des triages et mélanges, les échangeurs; on peut ou non isoler le site du centre, les échanges pouvant prendre tout l'espace. La cou­ronne des circonstances et les échangeurs envahissent le lieu ; où trouver maintenant le sujet, la substance, substrat, centre ou capitale?

On reconnaît Hermès à des serpents croisés : espace annelé des communications, tota­lement décentré, envahissant le centre. »

1077 L’échangeur fait passer la ligne à deux et, pour éviter le carrefour au même plan, à trois dimensions, en son efflorescence. Gauche, droite, entre, boucle, ganse, courbe, haut et bas, dessus, dessous, le nœud explore le lieu... La voie passe entre deux voies et ce faisant ménage d'autres entrevoies. Le nœud pratique des lieux par où peuvent s'engager mille nouveaux nœuds. Le transport du message donne lieu à de nouveaux messages. L'espace foisonne.

Penser l’échangeur suscite des métaphores :celles des nœuds de marine ou du tissage

« Le nœud ou échangeur invente le local par un foisonnement. Retournant sur soi, la voie donc ouvre de nou­velles voies de retour. L'épissure fait boule ou poupée. Tresse, pomme, rosé, bouquet, tête de more ou d'alouette, cul de porc et queue de rat : émergence d'une chose dans un lieu ».

marc auge à la recherche d’une méthode pour l’anthropologie contemporaine rejoint m.serres.

Dans la réalité concrète du monde d'aujourd'hui, les lieux et les espaces, les lieux et les non-lieux s'enchevêtrent, s'interpénètrent. La possibilité du non-lieu n'est jamais absente de quelque lieu que ce soit. « Lieux et non-lieux s'opposent (ou s'appellent) comme les mots et les notions qui permettent de les décrire. Mais les mots à la mode - ceux qui n'avaient pas droit à l'existence il y a une trentaine d'années - sont ceux des non-lieux Ainsi pouvons-nous opposer les réalités du transit (les camps de transit ou les passagers en transit) à celles de la résidence ou de la demeure, l'échangeur (où l'on ne se croise pas) au carrefour (où l'on se rencontre), le passager (que définit sa destination) au voyageur (qui flâne en chemin) - significativement, ceux qui sont encore des voyageurs pour la SNCF deviennent des passagers quand ils prennent le TGV -, l'ensemble (« groupe d'habitations nouvelles », pour le Larousse), où l'on ne vit pas ensemble et qui ne se situe jamais au centre de rien (grands ensembles : symbole des zones dites périphériques), au monument où l'on partage et commémore, la communication (ses codes, ses images, ses stratégies) à la langue (qui se parle). »Possum2_gd Abo1e_3

« Où le personnage est-il chez lui ? »

Le monde contemporain écrit il du fait de ses transformations accélérées, « appelle le regard anthropologique, une réflexion méthodique et renouvelée sur la catégorie de l’altérité. ».

cette altérité qui  nous permettrait de penser notre modernité dans sa complexité et ses contradictions, le paroxe est grand de la trouver  auprès de peuples qui marchaient nus, ne construisaient pas de maisons, ne traçaient pas de chemin.

Prétextant ce fait,  les colonisateurs anglais ont ainsi déclaré l’Australie « terra nullius » terre inhabitée, niant la réalité aborigène. La colonisation anglaise fut très violente ; massacres, épidémies et déportations. La lente avancée des éleveurs et des chercheurs d'or sur le reste du continent se poursuivit jusqu'au milieu du xxe siècle en menaçant les rares points d'eau des chasseurs aborigènes. les familles survivantes durent chercher refuge dans les fermes d'élevage de bétail, les missions et les réserves. Du point de vue de l'administration australienne, toute forme de « fraternisation entre les races » était interdite, que ce soit entre Aborigènes et « Européens » ou avec des Asiatiques. Quand le gouvernement définit une politique d'« assimilation », il planifia un génocide technique, appelé le «blanchiment» de la race, consistant à marier les enfants à plus clairs qu'eux afin d'éradiquer à terme l'existence des peuples aborigènes.

Pourtant les « tribus »aborigènes avaient  bien un territoire propre défini sur la base d'attaches spirituelles avec des sites nommés, points d'eau, rochers, collines, reposant sur des récits sacrés qu'ils mettaient en scène dans des cérémonies . De complexes systèmes fonciers géraient l'usage et la propriété de la terre des groupes qui se distinguaient au sein des centaines de « tribus » différenciées par leurs langues respectives. Hommes et femmes acquéraient par hérédité, initiation ou alliance des droits territoriaux collectifs et individuels, des devoirs rituels associés ainsi qu'un patrimoine de connaissances sur l'organisation cosmologique et sociale de tous les éléments de leur environnement.

De longs itinéraires commerciaux reliés en réseau formaient des chaînes de don et de contre-don entre les groupes de la côte, des plateaux et du désert. L'incroyable diversité culturelle du continent a ainsi été, dans l'échange et la circulation d'objets, de rites et d'idées pratiquement de part en part de cet immense continent, grand comme quatorze fois la France. Les Aborigènes échangeaient entre eux du tabac et de l'ocre contre des armes et des outils en bois, en pierre ou en os, ainsi que des artefacts réservés aux rites, telles les cordes en cheveux utilisées pour fabriquer des ceintures, des coiffes et des structures sacrées. Ils se transmettaient aussi des chants, des danses et des cérémonies entières Au cours des initiations, les enfants des deux sexes recevaient la responsabilité d'un répertoire de chants et de danses, apprenant par l'expérience des rites et des parcours de survie à mettre en lien les éléments de la Loi, ensemble de savoirs et de règles concernant la reproduction de la nature, de la culture et du cosmos. une alliance, une promesse de mariage

. 968 L'univers de références aborigène est la terre comme support de traces, soit un univers d'apparence plane où s'inscrivent des empreintes d'animaux, de plantes, d'hommes et de leurs ancêtres sacrés pensés comme éternels sous forme d'hybrides des règnes animaux, végétaux et minéraux : c'est là que se situe l'immanence de la spiritualité des pisteurs chasseurs-cueilleurs aborigènes. La terre est perçue comme une multitude de traces, points discontinus ou reliés par des itinéraires géographiques qui se déploient en récits et cycles de chants. Mais il est dit qu'en chaque point de ces lieux sacrés on accède à une même dimension partagée par tous, le Dreaming, le « reve ». Cet espace-temps d'ancêtres cosmiques éternels et sacrés offre une image du sacré qui réconcilie transcendance et immanence, l'esprit du cosmos et l'esprit du corps. La relation entre le rêve et le sacré ne relève pas tant d'une symbolique que d'un principe spatial, celui d'une géométrie topologique.

Les aborigènes, écrit l’ethnologue barbara glowczewski (reves en colère) . ont  fait réfléchir différentes générations d'anthropologues :  « pensés hier comme prototypes de la pensée classificatoire, du totémisme, des formes élémentaires de la religion et des structures élémentaires de la parenté, aujourd'hui ils nous défient comme prototypes toujours innovants de la pensée en réseaux, par associations, connexions, déplacements, paradoxes et superpositions d'espaces topologiques. »

« L'interprétation dynamique de traces visuelles et la projection de savoirs spéculatifs dans l'espace sont la clef de la pensée abo­rigène. Ce système cognitif spatialisé repose sur une vision de l'univers qui pourrait être qualifiée de « connexionniste », car tout y est virtuellement connectable et interdépendant : toute connexion entre deux éléments a des effets sur d'autres éléments de ce réseau. Que ce soit les hommes et les femmes, le règne animal, végétal ou minéral, la terre, le souterrain ou le ciel, l'infi­niment petit et l'infiniment grand, la vie actualisée et les rêves, tout interagit. Ces connexions sont mises en œuvre par les rites, les rêves, et par le lien spirituel et physique qui unit chaque humain à certains éléments de son environnement, lien qu'on a coutume en anthropologie de qualifier de « totémique ».

Pour l’auteur ,par exemple, Les peintures du désert ont ce génie d'exprimer de manière éton­namment simple une notion aussi complexe que la synchronicité : la multiplication des traces laissées par les Rêves, les ancêtres et leurs totems ne signifie pas qu'il y a une multiplicité de choses sur un même plan, mais que c'est le même principe — souvent pré­senté comme dédoublé en une paire — qui se déplace dans l'espace et dans le temps. La surface du sol est marquée par les passages des animaux et des hommes, où différentes séquences de temps se superposent. Les peintures corporelles — ou à l'acrylique aujourd'hui — présentent par exem­ple le même être ancestral assis en quatre endroits différents, cor­respondant à quatre haltes différentes : pour cela quatre cercles reliés par des lignes forment le carré topologique de son déplace­ment, alors que quatre demi-cercles tracés à côté des cercles sont la trace de l'Etre ancestral assis près de chacun des quatre sites. Cette mise à plat du temps se déchiffre comme on piste un ani­mal et permet de redéployer le plan à deux dimensions des traces vers l'émergence en 3D de l'être qui a laissé sa trace et qu'on peut alors nommer puis mettre en mouvement en 4D, c'est-à-dire dans un récit qui par définition déroule du temps. Un bon pisteur est aussi un maître du temps, lui qui sait déduire l'ancienneté d'une trace : une demi-journée ou un mois de passage. Le temps du récit sera aussi celui du chant qui avance en changeant de tempo pour mémoriser la vitesse de marche nécessaire de site en site (selon les lieux et les saisons). Le sommeil fera passer dans une cinquième dimension, celle du rêve qui permet d'expérimenter sous forme de condensation et d'association dans une matrice onirique où les images et les sons se connectent.

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